Thérapie 

de la Cohérence

La Thérapie de la Cohérence se fonde sur le travail de Bruce Ecker et Laurel Hulley (2012) qui considère que toute réponse du système corps-esprit est l'expression de construits personnels, de  schémas toujours cohérents. Par exemple, pour certains, l'anxiété aurait la fonction implicite de mettre en œuvre une solution à un problème susceptible d'entraîner une pire souffrance, l'anxiété peut être ainsi donc envisagée comme cohérente pour la personne.

A noter que la  thérapie de la cohérence contrairement à celle dite de la reconsolidation (méthode Brunet) n'utilise aucun agent chimique (propanolol).

Le processus de reconsolidation thérapeutique de la mémoire  décrit, à partir des découvertes empiriques  de la recherche sur la mémoire par les neuroscientifiques, un mécanisme neuronal  permettant à un schéma appris et émotionnellement chargé d'être désappris et annulé. Un  tel  processus de reconsolidation de la mémoire serait ainsi central au changement transformateur dans de nombreuses psychothérapies.

L'expérience de Heider & Simmel (1944)  sur le biais d'attribution causal illustre le fait que nous  imaginons spontanément des explications apparemment logiques pour rendre compte de ce que nous observons, même lorsque ceci n’est pas justifié. Nous agirions ainsi probablement par souci de cohérence. Pour Chater (2018, p. 232) nous sommes en définitive d'inépuisables improvisateurs  sous l'impulsion d'une machine mentale qui continuellement crée du sens à partir d'impulsions sensorielles. D'après Barrett (2017), devant une situation, le cerveau ne se demande pas "qu'est-ce que c'est" mais plutôt "à quoi ca ressemble". Ainsi à partir d'un modèle prédictif de notre mémoire la perception sensorielle permettrait juste de vérifier si la prédiction est erronée ou pas. Le défi thérapeutique serait de créer en sécurité des conditions permettant cette détection de l'erreur de prédiction et donc la reconsolidation de la mémoire.

Une psychothérapie serait réputée efficace grâce une expérience émotionnelle correctrice (Alexander & French, 1946). Le cadre théorique de la reconsolidation de la mémoire permettrait de mieux comprendre pourquoi cette affirmation est partiellement exact. En effet, une expérience émotionnnelle correctrice (par exemple dans un accompagnement d'acceptation et d'empathie inconditionnelle ou de reparentage) ne suffirait pas en soi à produire une transformation réellement profonde. Pour cela le respect de certaines étapes du processus de reconsolidation de la mémoire serait strictement nécessaire:

Séquence d'accès

Séquence de transformation

    [en Thérapie de la Cohérence par le guidage d'une expérience contradictoire forte moins de 5h après l'étape 1]

-Non-réactivité émotionnelle

-Cessation complète du symptôme

-Maintien des gains sans effort.

Ce serait in fine l'expérience d'un décalage expérimentée émotionnellement par la personne qui permettrait la transformation.

Ecker rassemble en un seul concept : les apprentissages émotionnel. ce que d'autres thérapies nomment Etats du moi, parties, croyances profondes, schémas implicites, modèles mentaux, complexes, etc... Ainsi les symptômes découleraient d'apprentissages émotionnels dans la mémoire implicite.

Par exemple, avec une personne ayant un modèle problématique de la réalité, il s'agira d'abord qu'elle puisse d'abord habiter émotionnellement dans une déclaration à la 1ère personne (explicite donc) ce qui est récurrent.  Il s'agira  de solliciter directement mais avec empathie la personne  pour que le schéma émerge de lui-même et soit explicite. Les yeux fermés en observant son ressenti, par une déclaration ouverte commençant par je...,  elle sera activée émotionnellement.  Cette exercice est très proche du focusing de Gendlin (1978) qui a élaboré la notion de « Ressenti Global de Soi » (Felt Sense).  Grâce à cette connaissance, et d'autres et après une bonne intégration, une carte-rappel explicitant les récurrences sera rédigée. Cette carte-rappel permet l'expérience puissante de déclarer à voix haute (et de s'entendre déclarer) ouvertement une vérité émotionnelle. Puis par un exercice situationnel  réel ou imaginatif pourra alors être repéré un matériel contradictoire. La personne pourra aussi expérimenter in situ ensuite le décalage. Les deux éléments contradictoires vécus explicitement et fortement en même temps (juxtaposition) activeront alors une détection d'erreur de prédiction nécessitant une mise à jour neuronale. 

La thérapie de la cohérence est différente des TCC car elle sollicite la personne sur sa certitude incarnée "une vérité venant des tripes", vérité  qui est considérée avec empathie par le thérapeute comme cohérente avec ses symptômes; il cherche pas  à la corriger : c'est la personne elle-même qui spontanément et expérientiellement aura à un moment une nouvelle vision de sa réalité. Ainsi une personne qui, à partir d'apprentissages comportementaux, a acquis des logiques de croyance ou de contrôle / évitement pourra identifier leurs dynamiques ce qui permettra de les rendre plus fonctionnelles.

Ce serait donc la juxtaposition expérientielle qui dans l'expérience émotionnelle peut être véritablement  transformatrice. C'est avec cela en tête que le psychologue peut guider la thérapie : faire expliciter le schéma  avec empathie en demandant à la personne de se focaliser sur son ressenti inhérent à ce moment là et faire vivre la contradiction. Ces expériences émotionnelles à l’encontre de la construction habituelle et de ses prédictions en s'y juxtaposant permettront la transformation. A noter que le décalage se doit pour être efficace d'être relatif à des éléments spécifiques de l'apprentissage cible (c'est-à-dire en résonance émotionnelle).

Ecker a identifié ,en plus de sa Thérapie de la Cohérence, des autres psychothérapies qui respecteraient les étapes ABC123V comme la Gestalt, l'analyse transactionnelle, le Focusing, la méthode Hakomi, la Somatic Experiencing, la thérapie Sensori-Motrice, l'EMDR, le DBR (Corrigan), la PTR (Brassine, 2022) , l'IFS. Je fais l'hypothèse qu'aussi la Thérapie Interpersonnelle, les TAC, la DDP, l'ICV (avec son protocole des Schémas relationnels)  par leurs  étapes structurées et une réactivation expérientielle favorisant la  juxtaposition de B et C. induisant une incongruence. D'après le Dr Zaczyk (2019, p. 205), en brainspotting" l'entrée dans le souvenir se fait par le corps et l'activation puis le processus se met en place par la position oculaire dirigée sur le point dans le champ visuel". L'hypothèse serait que le cerveau ajouterait alors l'information non concordante.

En PTR (Brassine et Tonglet, 2022),  le thérapeute encourage la personne à s'entrainer à identifier et à utiliser les phénomènes hypnotiques  "protections dissociatives"  ayant été utiles lors du trauma initial à protéger la personne (anesthésie physique, anesthésie émotionnelle, catalepsie, dissociation, dépersonnalisation, déréalisation, hébétude, amnésie, phénomènes psychosomatiques...), Une telle juxtaposition  induirait une incongruence utile à la résolution du trauma.

D'après Ecker (2020), la symptomatologie post-traumatique cesserait quand les schémas sémantiques sous-jacents sont infirmés.  Les symptômes seraient maintenus non par la mémoire épisodique mais par la mémoire sémantique. Ainsi, ce ne serait pas, par exemple  comme on peut le penser en ICV,  le "processus de mise à jour de la mémoire épisodique" (Binet, 2017, p 29) qui serait thérapeutique mais plutôt une mise à jour de la mémoire sémantique c'est-à-dire de l'empreinte sémantique liés aux épisodes traumatiques. La thérapie de la cohérence,  viserait à mettre à jour la mémoire sémantique des schémas dysfonctionnels appris dans le contexte des  expériences traumatiques.

Bibliographie:

Alexander, F. ; French, T.M. (1946), Psychoanalytic therapy: principles and application,. New York : Ronald Press.

Barrett, L.F. (2017). How emotions are made: The secret life of the brain. New York : Houghton,Mifflin Harcourt. 

Binet, E. (2017). Le présent au secours du passé. Bruxelles : Satas.

Brassine, G.; Tonglet, N. (2022). Surmonter le traumatisme. Initiation à la PTR. Bruxelles : Satas.

Bridges, Sara K (2016). "Coherence therapy: the roots of problems and the transformation of old solutions". In Tinsley, Howard E A; Lease, Suzanne H; Wiersma, Noelle S (eds.). Contemporary theory and practice in counseling and psychotherapy. Los Angeles: Sage Publications. pp. 353–380. 

Chater, N. (2018). Et si le cerveau était bête ? Paris : Plon.  

Corrigan, Frank & Christie-Sands, Jessica. (2019). An innate brainstem self-other system involving orienting, affective responding, and polyvalent relational seeking: Some clinical implications for a “Deep Brain Reorienting” trauma psychotherapy approach. Medical Hypotheses. 136. 

Côté, S.; Cousineau, P. (2022). La reconsolidation thérapeutique de la mémoire. Transformer les schémas émotionnels avec la thérapie de la cohérence. Paris : Dunod.

Ecker, Bruce & Bridges, Sara. (2020). How the Science of Memory Reconsolidation Advances the Effectiveness and Unification of Psychotherapy. Clinical Social Work Journal. 48. 

Ecker, B. (2020)  Erasing Problematic Emotional Learnings: Psychotherapeutic Use of Memory Reconsolidation Research  in:  Richard D. Lane, and Lynn Nadel (eds), Neuroscience of Enduring Change, online edn, Oxford Academic 19 Mar.

Ecker, B. ; Ticic, R.; Hulley, L. (2012). Déverrouiller le cerveau émotionnel : Eliminer les symptômes à leur source en utilisant la reconsolidation de la mémoire. New York : Routledge.

Ecker, B. (2015). Memory Reconsolidation understood & misunderstood . International Journal of Neuropsychotherapy, 3(1), 2-46.

Ecker, B. ; Hulley, L. (2011).  Coherence Therapy Practice Manual and Training Guide. New York : Coherence Psychology Institute.

Gendlin , E. (1978). Focusing. New York:  Everest House. 

Heider, F. & Simmel, M. (1944).  An experimental study of apparent behavior, American Journal of Psychology, vo. 57, 1944, p. 243-259.

Lonergan, M.H.; Brunet, A.; Olivera-Figueroa, L.A.; Pitman, R.K. (2012). Disrupting Consolidation and Reconsolidation of Human Emotional Memory with Propranolol: A Meta-Analysis. In Memory Reconsolidation. Ed Albertini, C.M.  Elsevier Science.

Zaczyk, C. (2019). Guérir de ses traumatismes avec le brainspotting. Paris : Odile Jacob.